Arrêté S21 de juin 2026 : le photovoltaïque est-il encore rentable ?
Revendre son électricité n'est plus un levier de rentabilité. Ce n'est pas la fin du solaire, c'est la fin d'un modèle. Décryptage de l'arrêté S21 et du projet qui reste rentable en 8 à 12 ans.
Sommaire
Depuis le mois de juin, la même question revient dans presque tous nos rendez-vous : « avec le nouvel arrêté, est-ce que ça vaut encore le coup ? » Elle est légitime. L'arrêté S21, entré en vigueur le 5 juin 2026, a fait tomber le tarif de rachat de l'électricité solaire à un niveau symbolique et supprimé la prime à l'autoconsommation. Autant le dire franchement : revendre son électricité au réseau n'est plus un levier de rentabilité pour un particulier.
Ce n'est pas la fin du photovoltaïque pour autant. C'est la fin d'un modèle — celui du foyer producteur-revendeur — et le passage à un autre : celui du foyer qui consomme sa propre production. Voici ce qui change exactement, ce qui reste garanti, et à quoi ressemble un projet solaire réellement rentable aujourd'hui.
Ce que change l'arrêté S21 du 5 juin 2026
Le « S21 » n'est pas un texte nouveau : c'est l'arrêté tarifaire du 6 octobre 2021 qui encadre l'achat de l'électricité photovoltaïque produite sur bâtiment. Ce qui est nouveau, c'est sa révision, publiée au Journal officiel en juin 2026 et applicable à toute demande complète de raccordement déposée à partir du 5 juin 2026. Elle modifie trois piliers du modèle économique : le tarif d'achat, la vente totale et la prime.
Un tarif d'achat unique à 1,1 c€/kWh
Fini les grilles tarifaires par tranche de puissance et la dégressivité trimestrielle : le tarif d'achat est désormais unique, fixé à 1,1 c€/kWh hors taxes pour toutes les installations jusqu'à 100 kWc. Il est indexé de 2 % par an sur toute la durée du contrat.
Pour mesurer le chemin parcouru, il faut regarder cinq ans en arrière. En 2021, le surplus d'une installation résidentielle était racheté 12,69 c€/kWh. Aujourd'hui, 1,1 c€/kWh : le tarif a été divisé par plus de onze. Et la dernière marche a été brutale, puisqu'au premier trimestre 2026 le tarif était encore de 4 c€/kWh.
| Période | Tarif d'achat du surplus | Évolution depuis 2021 |
|---|---|---|
| 2021 (arrêté S21 initial) | 12,69 c€/kWh | Référence |
| Premier trimestre 2026 | 4 c€/kWh | ÷ 3 |
| Depuis le 5 juin 2026 | 1,1 c€/kWh | ÷ 11 |
Concrètement : 1 000 kWh injectés sur le réseau vous rapportent aujourd'hui 11 €. Les mêmes 1 000 kWh valaient 127 € en 2021. On ne construit pas un investissement sur cette somme, et il faut avoir l'honnêteté de le dire clairement.
La fin de la vente totale pour les installations de 9 kWc ou moins
C'est le changement le plus structurant. Une installation de 9 kWc ou moins — c'est-à-dire l'immense majorité des projets résidentiels — n'est plus éligible à la vente en totalité. Il n'est donc plus possible de concevoir une toiture solaire dont toute la production part au réseau en échange d'un revenu.
La seule configuration ouverte à un foyer est désormais l'autoconsommation avec vente du surplus. Ce n'est pas un détail administratif : la réglementation elle-même vous impose de consommer votre électricité plutôt que de la vendre.
La suppression de la prime à l'autoconsommation
La prime à l'autoconsommation, versée jusqu'ici en fonction de la puissance installée, est purement et simplement supprimée pour toute nouvelle demande de raccordement. Elle s'élevait encore à 80 €/kWc au premier trimestre 2026, soit 240 € pour une installation de 3 kWc, après avoir atteint plusieurs centaines d'euros par kWc les années précédentes.
Une subtilité technique complète le dispositif : au-delà de 1 600 kWh produits par kWc et par an, l'électricité injectée n'est plus rémunérée du tout. En pratique, ce plafond concerne surtout les régions les plus ensoleillées et se déclenche rarement dans le Tarn, où l'on tourne plutôt autour de 1 300 kWh/kWc. Mais l'intention du législateur est limpide.
Ce qui ne change pas — et qui reste solide
Dans le bruit de ces dernières semaines, beaucoup de propriétaires ont cru que tout s'effondrait. C'est faux. Plusieurs piliers du photovoltaïque résidentiel sont parfaitement intacts.
Votre contrat EDF OA en cours est garanti 20 ans
Si vous avez déjà une installation et un contrat d'obligation d'achat signé avec EDF OA, il n'est pas touché. Ces contrats sont conclus pour 20 ans, aux conditions tarifaires en vigueur au moment de leur signature, et l'arrêté de juin 2026 ne s'y applique pas rétroactivement. Un contrat signé en 2021 à 12,69 c€/kWh continue de courir à ce tarif jusqu'à son terme. La règle est celle de la non-rétroactivité, et elle vous protège.
Les dossiers déposés avant le 5 juin 2026 conservent l'ancien régime
C'est le point qu'on nous demande le plus souvent, et la réponse est rassurante : le nouveau cadre ne s'applique qu'aux demandes complètes de raccordement déposées à partir du 5 juin 2026. Si votre demande complète a été déposée avant cette date, vous conservez l'ancien régime tarifaire — ancien tarif de rachat et prime à l'autoconsommation comprise — sous réserve de respecter les conditions prévues par l'arrêté.
La TVA à 5,5 % est maintenue
La TVA réduite à 5,5 % reste applicable, et elle pèse aujourd'hui bien plus lourd dans un budget que la prime supprimée. Elle concerne les installations de 9 kWc ou moins posées sur un logement de plus de deux ans, résidence principale ou secondaire, par un professionnel certifié RGE, avec des panneaux respectant des critères environnementaux stricts (empreinte carbone, teneur en argent et en plomb).
Et voici la condition qui mérite toute votre attention : l'installation doit comporter un système de gestion de l'énergie (EMS) capable de mesurer production et consommation en temps réel et de piloter automatiquement au moins deux appareils électriques selon la production solaire. Autrement dit, l'État ne se contente plus d'encourager l'autoconsommation : il la conditionne fiscalement. Le pilotage n'est plus une option de confort, c'est une condition du taux réduit.
Une réserve, en toute transparence : les batteries de stockage restent soumises à la TVA à 20 %, même lorsque l'installation photovoltaïque bénéficie du taux réduit. Attention aux devis qui laisseraient entendre le contraire.
Le raccordement Enedis est inchangé
Côté technique, rien ne bouge : la procédure de raccordement au réseau via Enedis reste identique — demande de raccordement, convention d'autoconsommation, mise en service, compteur communicant. Les délais et les démarches sont les mêmes qu'avant. Nous nous en chargeons intégralement pour nos clients.
Le nouveau modèle : autoconsommer plutôt que revendre
Puisque le kWh revendu ne vaut presque plus rien, toute la question devient : combien de kWh pouvez-vous consommer vous-même ? Le raisonnement est simple. Chaque kWh que vous autoconsommez est un kWh que vous n'achetez pas à votre fournisseur.
Faisons le calcul. Un kWh revendu vous rapporte 1,1 centime. Le même kWh, consommé chez vous, vous évite d'en acheter un à 19,4 centimes au tarif réglementé (juillet 2026). Le rapport est de un à dix-sept, en faveur de l'autoconsommation. C'est là, et uniquement là, que se construit la rentabilité d'une installation en 2026.
Dimensionner juste, arrêter de surdimensionner
Pendant des années, la logique commerciale poussait à installer le maximum de panneaux : le surplus était racheté à bon prix, chaque panneau supplémentaire finissait par se payer tout seul. Cette logique est morte le 5 juin 2026.
Aujourd'hui, un panneau qui produit une électricité que vous ne consommez pas est un panneau qui ne se rembourse quasiment pas. Le bon dimensionnement n'est plus « le plus grand possible » : c'est celui qui colle à votre profil de consommation réel. Pour beaucoup de foyers, cela signifie une installation plus modeste qu'il y a deux ans — et un retour sur investissement meilleur. Ce discours va à l'encontre du réflexe commercial habituel, et c'est pourtant le seul honnête aujourd'hui.
Piloter sa production : EMS, routeur solaire, batterie
Une fois l'installation bien dimensionnée, le levier suivant est le pilotage. Sans pilotage, un foyer autoconsomme typiquement 30 à 50 % de sa production : tout le reste part au réseau, désormais pour presque rien. Avec les bons équipements, on monte nettement plus haut. Trois familles de solutions, complémentaires entre elles :
| Équipement | Principe | Ce qu'il apporte |
|---|---|---|
| EMS (Energy Management System) | Mesure production et consommation en temps réel, déclenche automatiquement les appareils quand le soleil produit | Le chef d'orchestre de l'installation — et une condition de la TVA à 5,5 % |
| Routeur solaire | Envoie le surplus vers un usage précis, en général le ballon d'eau chaude, au lieu de l'injecter au réseau | Transforme un surplus à 1,1 c€/kWh en eau chaude gratuite |
| Batterie | Stocke la production de la journée pour la restituer le soir et la nuit | Couvre les heures sans soleil, là où se concentrent les gros besoins du foyer |
Le routeur solaire offre souvent le meilleur rapport efficacité/prix : l'eau chaude sanitaire représente une part importante de la consommation d'un foyer, et c'est un usage parfaitement déplaçable en milieu de journée. La batterie, elle, change d'échelle : elle permet de couvrir la soirée, au moment où l'on cuisine, où l'on s'éclaire et où l'on recharge. Mais elle reste taxée à 20 % et demande un vrai calcul. Nous installons notamment la batterie Tesla Powerwall, et nous vous dirons franchement si elle est pertinente ou non dans votre cas.
La voiture électrique, le meilleur allié de votre toiture
S'il fallait ne retenir qu'un seul usage, ce serait celui-là. Pour un foyer roulant 15 000 km par an, une voiture électrique consomme de l'ordre de 2 500 à 3 000 kWh — soit une grande partie de la production d'une installation résidentielle. Et surtout, c'est une consommation flexible : une borne de recharge pilotée peut charger en milieu de journée, exactement quand vos panneaux produisent le plus.
Le couple panneaux + borne de recharge est aujourd'hui la meilleure réponse à l'arrêté S21. Là où le surplus partait au réseau contre 1,1 c€/kWh, il part dans la batterie de votre voiture et remplace des kilomètres que vous auriez payés au réseau — ou à la pompe. Pour un foyer qui roule à l'électrique, l'équation solaire redevient très favorable.
Un projet bien conçu reste rentable en 8 à 12 ans
C'est la conclusion à retenir : malgré la disparition de la prime et l'effondrement du tarif de rachat, une installation correctement dimensionnée et pilotée se rentabilise en 8 à 12 ans, selon la région, l'ensoleillement et le profil du foyer. Dans le Tarn et autour de Toulouse, l'ensoleillement nous place plutôt dans la fourchette basse.
Ensuite, pendant les quinze années suivantes — les panneaux sont garantis 25 ans et durent au-delà — l'électricité que vous consommez est gratuite. C'est cela, le vrai rendement d'une installation solaire en 2026 : pas un revenu, une facture qui baisse.
Alors, faut-il encore installer des panneaux solaires ?
Oui — mais plus n'importe comment, ni avec n'importe qui. L'arrêté S21 a assaini le marché autant qu'il l'a durci. Il a éliminé les projets qui ne tenaient que par la subvention et le tarif de rachat, ceux qu'on vendait sur la promesse d'un revenu. Ce qui reste est plus sain : une installation dimensionnée sur vos usages réels, pilotée intelligemment, qui réduit durablement votre facture.
La différence entre un projet rentable et un projet décevant ne se joue plus sur le tarif de rachat : il est identique pour tout le monde. Elle se joue entièrement sur la conception. C'est-à-dire sur votre installateur.
Mayer Energie vous accompagne de A à Z
Nous avons intégré ce nouveau cadre dès sa publication, parce que notre métier est de vous dire ce qui est vrai, pas ce qui fait vendre. Concrètement, notre accompagnement couvre :
- L'analyse de votre consommation réelle, poste par poste, pour partir de vos usages et non d'un catalogue
- Le choix de la puissance crête juste — quitte à vous proposer moins de panneaux que ce que vous imaginiez
- La sélection des équipements de pilotage adaptés : EMS, routeur solaire, batterie, selon ce qui se justifie chez vous
- L'intégration d'une borne de recharge si vous roulez à l'électrique, pour autoconsommer une grosse part de votre production
- La vérification de votre éligibilité à la TVA à 5,5 % et, si votre dossier est en cours, de votre antériorité au 5 juin 2026
- Les démarches Enedis et EDF OA, prises en charge intégralement
Le tout avec la certification RGE QualiPV, indispensable pour bénéficier du taux réduit. Nous intervenons à Gaillac, Albi, Montauban et dans tout le Tarn. Parlons de votre toiture : l'étude est gratuite et sans engagement, et si votre projet n'est pas rentable, nous vous le dirons.
Questions fréquentes
Le photovoltaïque est-il encore rentable après l'arrêté S21 de juin 2026 ?
Mon contrat EDF OA actuel est-il remis en cause par l'arrêté S21 ?
J'ai déposé ma demande de raccordement avant le 5 juin 2026, que se passe-t-il ?
Pourquoi ne peut-on plus vendre la totalité de sa production solaire ?
Ai-je encore droit à la TVA à 5,5 % sur mes panneaux solaires ?
Faut-il installer une batterie pour rentabiliser son installation en 2026 ?
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